LES PLEUREUSES

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Installation vidéo sur 3 écrans / triptyque / Vidéo / DVD / Couleur-N&B / Son stéréo / 3’13’’ / 2003-2008

Depuis l’Antiquité, des femmes sont rétribuées pour sangloter, gémir et implorer le Ciel lors des obsèques. Il s’agissait souvent de professionnelles que l’on payait pour chanter les mirologues aux funérailles, celles qui chantent le thrène, la lamentation sur le mort.
Suppliantes, d’autant plus nombreuses que le défunt était puissant, respecté ou encore frappé par la mort dans l’innocence du jeune âge, elles nous proposent le paradigme du spectacle, c’est-à-dire une représentation de la douleur plus impressionnante que la douleur, dont elle n’est pourtant qu’un simulacre.
Dans la légende d’Osiris, ses deux soeurs Isis et Nephthys parviennent, grâce au vent de leurs ailes, à rendre le souffle vital au dieu. Placées chacune à l’extrémité du sarcophage du défunt, elles le protégeaient de leurs ailes déployées.
Les grandes religions monothéistes ont chacune une approche théologique singulière de la mort et des rites funéraires spécifiques. Mais sur la question de la représentation du corps – là où l’iconographie du judaïsme et de l’islam bannissent toute représentation humaine – la religion chrétienne fournit à l’imaginaire occidental de nombreux motifs issus des icônes et de la peinture de dévotion : Christ en croix, expirant, Descente de croix, Pietà (Vierge tenant sur ses genoux le corps du Christ descendu de la croix), « Dormitio » (Vierge morte qui est représentée alitée), Mort ou Mise au tombeau de saints, Martyrs, Homme de Douleurs. A l’instar du Christ de Grünewald, des crucifixions de Bacon au XXè siècle ou de la splendide utilisation du motif de la Pietà dans Cris et chuchotements de Bergman.
Cette installation vidéographique se présente sous la forme d’un triptyque, trois tableaux dans un même temps. Dans les deux volets extérieurs, deux danseuses, telles Isis et Nephthys, tentent de représenter par des gestes, les sentiments qui les traversent dans la douleur. Rage, culpabilité, deuil, absence, peur, vertige, souffle, résignation, solitude, abandon, séparation , tristesse, … une foule d’émotions qu’il faut aller chercher au plus profond de soi, de son d’être, des sentiments enfouis dans le tréfonds de l’âme humaine depuis la fin des temps.
La disparition d’un être cher conduit à porter un regard particulier sur la dépouille mortelle. La représentation du corps étant également le support privilégié de la danse.
Dans le tableau central, le corps du défunt est étendu sur le sol. Les embaumeuses dont on ne voit que le mouvement des bras et des mains, parcourent le corps, des pieds à la tête afin de le préparer pour son dernier voyage.

EN

THE MOURNERS
Video installation on 3 screens / Triptyque / Video / DVD / Color-B&W / Stereo Sound / 3’13’’ / 2003-2008

Since antiquity, women have been paid to sob, moan and implore Heaven at funerals. They were often professionals who were paid to sing the mirologists at funerals, those who sing threne, the lament over the dead. Supplicating, more and more numerous as the deceased was powerful, respected or even struck by death in the innocence of the young, they offer us the paradigm of the show, as a representation of the most impressive pain, which is only a simulacrum. In the legend of Osiris, his two sisters Isis and Nephthys manage to make the vital breath to the god, thanks to the wind of their wings. Placed each at the end of the deceased’s sarcophagus, they protected him from their outspread wings.
The great monotheistic religions each have a singular theological approach to death and specific funeral rites. But on the question of the representation of the body – where the iconography of Judaism and Islam ban any human representation – the Christian religion provides the Western imagination with many motifs from icons and devotional painting: Christ on the cross, exhaling, Descent from the cross, Pietà (Virgin holding on her knees the body of Christ descended from the cross), « Dormitio » (Dead Virgin who is represented in bed), Death or Entombment of Saints, Martyrs, Man of pain. Like Christ of Grünewald, crucifixions of Bacon in the twentieth century or the splendid use of the motif of the Pietà in Cries and Whispers of Ingmar Bergman.
This videographic installation is in the form of a triptyque, three paintings at the same time. In the two outer wings, two dancers, such as Isis and Nephthys, try to represent with gestures, the feelings that go through them in pain. Rage, guilt, mourning, absence, fear, vertigo, breath, resignation, loneliness, abandonment, separation, sadness, … a host of emotions that must be sought in the deepest of oneself, of one’s being, feelings buried in the depths of the human soul since the end of time. The disappearance of a loved one leads to a special look at the mortal remains. The representation of the body being also the privileged support of the dance. In the central table, the body of the deceased is lying on the ground. The embalmers, whose only movement is seen in the arms and hands, run from head to foot to prepare him for his last journey.